Massimo est un salaud

Bon, maintenant que les objectifs du blog sont partagés, attaquons le vif du sujet avec un gros morceau directement : les relations sexuelles sans consentement explicite.

L’actualité politique nous donne d’ailleurs un excellent sujet d’étude. La version québécoise du  Huffington Post a en effet relayé le 25 novembre dernier les allégations d’une députée néo-démocrate à Ottawa à l’encontre d’un député libéral : Massimo Pacetti. Ces allégations ont conduit à la suspension par son parti de la candidature de Massimo Pacetti à sa réélection pour “faute professionnelle”. Appelons arbitrairement la députée Béatrice, ça sera plus sympa à lire.

Les faits

Une fois dans la chambre d’hôtel, il lui est clairement apparu qu’il en voulait plus. Elle s’est figée.

Béatrice et Massimo se connaissent bien pour être tous deux des députés francophones et jouer au même sport régulièrement. Un soir, après être allée boire un verre dans un bar à la suite d’une rencontre sportive, Béatrice accepte de suivre Massimo dans sa chambre d’hôtel pour finir la soirée. Il s’en suivra une relation sexuelle entre les deux députés (une nuit d’hôtel aurait donc suffit, merci pour l’utilisation de nos impôts !!). Jusque là, à part “No zob in job”, pas grand choses à commenter.

Sauf que Béatrice déclare plus tard que la relation sexuelle n’a pas été explicitement consentie et c’est sur cette base que Massimo se voit suspendu. Derrière cette expression, il faut comprendre que Béatrice n’a pas dit “non” à la relation sexuelle mais n’a pas dit oui non plus. Elle s’est sentie paralysée et s’est juste laissé faire. Le reste est laissé à l’interprétation des lecteurs et vraisemblablement de la justice. Notons tout de même les éléments particuliers suivants :

  1. Aller à l’hôtel pour des députés constamment sur la route n’a pas la même portée que pour le mec lambda rencontré dans un bar. Ce n’est pas forcément une invitation implicite au sexe.
  2. Béatrice dit s’être fait sexuellement agresser à l’adolescence, expliquant un rapport au sexe particulier. Toutefois, Massimo n’est pas sensé avoir cette information.
  3. La relation sexuelle a laissé des stigmates à Béatrice qui déclare avoir eu du mal à s’asseoir pendant plusieurs jours. On peut donc en déduire que Massimo n’a pas été des plus doux.

Quoi qu’il en soit, voilà donc l’énoncé du problème, et maintenant place au débat…

Massimo s’est-il comporté en prédateur sexuel ? A-t-il commis une agression sexuelle et doit-il être punit pour ça?

Pour avoir beaucoup débattu avec des femmes engagées sur le sujet, leur sentence ne fera pas de doute : Massimo a utilisé sciemment un pouvoir de domination au moment de passer à l’acte. Il n’a pas forcée ni brutalisée la députée, mais s’est servi de sa surprise ou de son absence de réaction pour passer à l’acte. J’imagine que certain(e)s parleront de viol sans aucun problème, d’autant que les douleurs de Béatrice ont sûrement du se manifester pendant l’acte.

Combien d’entre nous ont-ils déjà été dans une situation similaire ?

Mais je trouve la question difficile à envisager pour un homme. Combien d’entre nous ont-ils déjà été dans une situation similaire, à la fin d’une soirée très arrosée, ou même d’un rendez-vous amoureux normal? Tout s’est bien passé jusque là et semble indiquer que la soirée se terminera sous la couette (ne débattons pas ici de la valeur morale de l’objectif principal d’un rendez-vous amoureux; ce n’est pas le sujet). Et au moment de passer à l’acte, quelque chose coince… Une tension palpable, une gêne, tout ne va plus autant de soi. Alors soit on se met des œillères et on continue en douceur en espérant que tout va rentrer dans l’ordre, soit on relève la tête et : “Tu es sûre que tout va bien ?”

Plusieurs conséquences ici :

1. Fini l’image de beau brun ténébreux qui t’attrape par la taille en te regardant au fond des yeux avant de te prendre contre son torse musclé (chacun fait alors avec ce que la nature – on son abonnement Energie Cardio – lui a donné). On passe du côté gentil/mignon. C’est pas grave en soit, mais quand on voulait ressembler à Aragorn, c’est chiant. OK, ça a de bonnes chance d’être apprécié, mais il faut le prendre en compte, ça ne colle pas à toutes les situations.

2. On prend le risque d’un peu humilier la fille qui essayait de faire bonne figure jusque là. Elle pourra alors comprendre “bon écoute, fait un effort, parce que c’est pas très excitant là”. Et c’est encore pire, elle cachera peut être encore plus sa gêne.

3. On prend le risque d’entendre “bah, non j’ai plus trop envie en fait…”. Là, soit elle est drôle et on débloque la situation avec un “c’est pas grave j’ai niqué toute la semaine, ça me va bien de faire une pause”, soit on ravale son ego de mâle dominant, on en rajoute dans le côté Prince Charmant protecteur et on s’endort avec sa tête sur le torse, ses cheveux qui te grattent le nez, cachant une petite frustration, ne nous voilons pas la face.

Ça c’est la majorité des cas, mais certains ont peut-être gardé les œillères et sont allés jusqu’au bout de leur plaisir.

La société aime les salauds

“Il ne fallait pas aller chez lui si tu ne voulais pas coucher avec lui”

Tout le monde conviendra que l’homme qui est allé au bout de la relation sexuelle bien égoïstement est un bel enfoiré. Mais dans les faits, si la fille en parle autour d’elle, on va juste lui répondre : “Il ne fallait pas aller chez lui si tu ne voulais pas coucher avec lui”.

Je n’ai aucun droit de parler pour l’humanité entière dans ce blog, mais j’ai quand même l’impression que le scénario parfait pour arriver à la nuit torride exprimant un désir et des envies partagées arrive très rarement. On a souvent un déséquilibre, du genre :

  • L’un a envie de passer à l’acte avant l’autre et le prend un peu au dépourvu
  • Les deux partenaires n’ont pas les mêmes pratiques sexuelles, un simple mouvement peut alors être mal interprété et entraîner de la gêne
  • On anticipe mal le désir de l’autre et, pensant faire plaisir, on met le partenaire dans une situation de malaise

Il est socialement normal de rencontrer de la résistance.

A bien y réfléchir, il semble que socialement le jeu amoureux entre homme et femme se traduise quasiment systématiquement par une résistance de la femme et un défi pour l’homme d’arriver jusqu’au sexe. Chaque étape pour arriver enfin à l’acte sexuel s’interprète facilement comme une victoire de l’homme, du terrain concédé par la femme. On attend que la fille ne se laisse pas amener au sexe rapidement. Sinon c’est une fille facile. Donc il est socialement normal de devoir rencontrer de la résistance. Jusque dans l’acte sexuel, certaines pratiques ne sont pas attendues tout de suite et seront des victoires plus tard. Combien de femmes ne font pas tout ce dont elles ont envie le premier soir pour ne pas être jugées “fille facile” ou “salope”. C’est de là qu’on peut penser (à tort) qu’un “non” ne veut plus vraiment dire “non”.

Puisque ma femme est féministe, on en a parlé. Longtemps. Elle même se souvient d’avoir été confrontée à la situation plus jeune, ne pas avoir dit non, l’avoir regretté et ne pas en garder un bon souvenir. Mais elle admet que le mec a juste eu ce qu’il voulait et qu’elle aurait du être assez forte pour refuser devant le fait accompli… C’est certes un bel enfoiré mais, d’après elle, il ne mérite pas d’aller au pénal pour ça…

Une réponse facile à ces questions serait de dire “Mais enfin Norbert, le sexe c’est naturel, y a pas à se prendre la tête comme ça!”. Bah oui, mais non, je dis quoi à mon fils pour qu’il sache réagir le jour où il couchera avec une députée démocrate ?

Dire aux filles qu’elles peuvent dire “non” ET qu’elles peuvent dire “oui”

Il faut rendre aux femmes les armes et la confiance en elles de dire “non, je n’en ai pas envie”.

Il faut rendre aux femmes les armes et la confiance en elles de dire “non, je n’en ai pas envie”. Les hommes comme les femmes se retrouvent emprisonnés par les rôles qu’ils sont sensés tenir au moment du sexe. L’homme doit jouer son rôle viril et essayer d’aller le plus loin possible, la femme doit être excitante sans trop en donner. Et c’est chiant. A la fin tout le monde a perdu. La fille passe une nuit détestable et se sent mal, et le garçon a certes eu ce qu’il voulait mais il se sent aussi un peu nul le lendemain. Alors que quand ça se passe bien il n’y a en effet pas à réfléchir.

Massimo est-il un violeur ? Ma réponse est non, c’est un salaud. Peut-on suspendre un député parce que c’est un salaud ? Ma réponse est oui.

Mais pour revenir au cas cité ici, Massimo est-il un violeur ? Ma réponse est non, c’est un salaud. Peut-on suspendre un député parce que c’est un salaud ? Ma réponse est oui. Par ce qu’il faut dire que quelque chose ne va pas et ne doit plus être encouragé par la société.

Nos représentants sont peut-être des hommes, mais ils doivent être irréprochables. Je n’ai pas envie d’être politiquement représenté par un quelqu’un trop égoïste pour ne pas faire la différence entre timidité et réel malaise. Et puis, ce fait divers a au moins déclenché ma réflexion sur le sujet. Je trouve ça sain. Oui, c’est faire un exemple, mais c’est bien que la société se rattrape sur ce point. C’est plus lisible pour tout le monde.

Finalement

Je dirai à mon fils de prendre la députée démocrate par la taille, aussi longtemps qu’il n’y a aucun doute sur l’effet produit, mais qu’il vaut mieux passer pour un amant trop mou que de risquer de faire du mal. Je lui dirai aussi que si une femme aussi incroyable que sa mère a envie de lui et lui fait savoir, il a de la chance. Ce n’est pas une pute ni une fille facile, c’est une femme belle/drôle/excitante/brillante/intéressante qui sait ce qu’elle veut.

Quant à ma fille, je ferai en sorte qu’elle puisse se sentir à l’aise pour dire non. Et si on pouvait dire à toutes les filles de réagir selon leurs envies et non selon le regard que la société portera sur elles, on saurait que “non”, c’est vraiment “non” et que transgresser ce “non”, c’est faire mal.

@NorbforShe pour MaFemmeEstFeministe

Lire aussi : C’était pas mon combat…

C’était pas mon combat…

“Je respecte ton engagement, mais ce n’est pas mon combat.”

Combien de fois ces mots ont-ils ponctué nos discussions, servis d’échappatoires pour ne pas totalement lui donner raison, de ne pas trop m’engager, même si je sentais bien qu’elle touchait quelque chose de juste…

Moi, c’est Norbert,

J’ai de la chance, une femme brillante est amoureuse de moi. Ça tombe bien, je suis fou d’elle. Oui mais voila,  elle n’est pas que brillante, elle est aussi engagée (en plus d’être française). Comme notre histoire s’est avant tout construite sur de longues discussions (génération Facebook), de grands débats (génération Delarue aussi), on aime bien se contredire, juste pour le plaisir de pousser l’autre dans ses retranchements. L’avocat du diable, on le connait bien. Oui mais elle, sur certains sujets, le diable, elle le défonce.

Je suis féministe“, au détour d’une conversation sur les Anges de la télé-réalité (la crème de la TV-réalité en France) ça désarçonne un peu. Comme tous les mots en -iste, ça fait peur. Ça sent un peu l’engagement aveugle et sans concession. Ça laisse présager des moments gênants devant les potes, ou dans les repas de famille. Est-ce qu’elle va lâcher une bombe a Noel pour ne pas laisser passer une blague un peu limite de mon Oncle? Est-ce que je la présente à mes potes un peu “tradi” avec qui ça frittera forcement après le 3e ti’punch ? Est ce que ça va avoir un impact sur notre vie sexuelle?

La vie quotidienne lui fournit les exemples nécessaires pour me faire comprendre (…) que la différence de traitement entre hommes et femmes ne se résume pas à une différence de salaire à qualification équivalente

Au fur et a mesure, je me rends compte que les discussions ne sont pas si violentes, elles sont même plutôt posées et pleines de bon sens. La vie quotidienne lui fournit les exemples nécessaires pour me faire comprendre, à mille petites occasions, que la différence de traitement entre hommes et femmes ne se résume pas à une différence de salaire à qualification équivalente, mais bien à quelque chose de plus profond. Dans la rue, le métro, le cinéma, les jeux-vidéos, la vie politique et publique en générale, à chaque fois cette remarque : avec un homme ça se serait passé différemment. Tenez, ici par exemple, cette ministre qui se fait gronder comme une élève de 3e. Oui ça fait sourire, mais bon… Aurait-on parlé comme ça à François Fillon, voire même à Philippe Poutou ?

Je finis moi même par lui demander son avis sur certains sujets que je remarque, je me pose des questions sur mes propres considérations, mes propres acquis et préjugés. A quel point moi-même profitai-je de mon statut d’homme? Est-ce légitime d’être en rogne quand elle me dit “non” le dimanche matin alors que je suis allé chercher les croissants sous la flotte ? Suis-je en droit de méjuger une collègue qui a un comportement un peu charmeur avec nos supérieurs hiérarchiques?

” De toute façon, en tant qu’homme, tu ne peux pas comprendre”

Puis viennent les premiers échanges plus virulents. Je commence a avoir ma propre analyse, éclairée, sur la question. Je ne suis plus simplement en train de challenger de vieux préjuges acquis depuis l’enfance. Parfois, il me semble que le discours va trop loin, qu’on brandit l’étendard de la culture du viol (sujet que je ne remets pas en cause et expliqué ici par @RimaElkouri) un peu trop facilement, comme par exemple dans les réactions lues dans Madmoizelle.com face au coup marketing de rueducommerce. J’ai l’impression que plus la réplique est virulente, moins elle est pédagogique. Qu’elle “dessert la cause”. Je finis par voir certaines campagnes comme des cris de ralliement féministes, intelligibles pour les seules personnes déjà acquises a la cause.  Le féminisme comme club de personnes qui voient les choses de la même façon sans essayer évangéliser, je n’accroche pas.  Je n’arrive pas toujours à trouver que le message est juste et universel.

On débat, on s’énerve, et la BOUM : ” De toute façon, en tant qu’homme, tu ne peux pas comprendre”. Avec ça au moins, pas besoin de s’éterniser sur la fin du débat, on peut passer directement au dernier épisode de Masters of Sex.

Mais non, quand j’entends ça, ça m’énerve. Je suis un homme, mais je veux comprendre, c’est important que je comprenne. Les choses ne changeront pas sans les hommes, même si les femmes doivent mener les choses. Ou alors ce sera une bataille de position, tout le monde se sentira agressé et les avancées arriveront dans la douleur avec 100 ans de retard. Certes Martin Luther King était noir, Gandhi indien, Madiba n’avait que très peu de sang néerlandais et Sitting Bull comme Crazy Horse n’ont jamais caché une certaine hostilité envers le général Custer. On retiendra de ces exemples que je ne serai jamais un leader féministe, merci Norbert. Mais depuis tout petit, quand mes parents me mettaient au lit, qu’arrivaient les invités et que je comprenais pourquoi mes sœurs et moi avions mangé nos coquillettes plus tôt que d’habitude, je déteste être mis a l’écart. Alors j’insiste. L’autre camp est capable d’ouvrir les yeux.

Je suis un homme et je suis féministe

C’est vrai, on ne verra jamais les choses exactement de la même manière. Un homme qui pose les yeux sur le féminisme, ça peut vite déraper en paternalisme agaçant. On rate alors complètement l’objectif : ça énerve les principales intéressées, on passe pour un bon gros lourdaud prétentieux, on se fait bâcher, on se braque et on essaiera plus jamais de prendre du recul sur le sujet. Échec total. C’est d’ailleurs dans ce genre de débats que j’ai découvert le terme de mansplaining dans la bouche de ma bien-aimée (quelle connasse).

En même temps, il est agréable le camps des dominants ! Il faut faire un sacre exercice de bonne foi pour reconnaître que :

  1. Non, les différences entre hommes et femmes ne sont pas forcement naturelles, mais qu’on les construit (Merci Simone)

  2. Oui, on prend généralement l’homme comme genre neutre, “normal”, alors que la femme représente la différence
  3. Oui, la défense des valeurs familiales c’est quand même un peu facile comme argument pour limiter le champs d’actions des femmes, et ca nous arrange pas mal

Et puis il y a eu la campagne #Heforshe. Et puis le 26 Novembre 2014 étaient soufflées les 40 bougies du combat de Simone Veil pour le droit a l’IVG en France. Et en voyant que les rares hommes s’exprimant en ligne sur le sujet étaient des soutiens à J.Bompard et à son discours arriéré anti-avortement (je vous invite d’ailleurs à rectifier le tir en lui donnant le fond de votre pensée en vous adressant directement à @JacquesBompard), j’ai eu envie que plus d’hommes disent :

  • Je ne trouve pas ça normal que la personne que j’aime puisse être traitée défavorablement par rapport à un homme moins compétent
  • Je ne trouve pas ça normal qu’elle doive hésiter à se faire belle par peur des jugements dans la rue et au travail
  • Je ne trouve pas ça normal de pouvoir s’entendre dire “en même temps, elle le cherche en mettant une jupe comme ça”
  • Je ne trouve pas ça normal de rendre la tache encore plus difficile à une femme qui fait le choix délicat de l’avortement

Alors OK, on ne peut pas être d’accord sur tout. Je ne pourrai surement pas être autant révolté qu’elle(s), sur les mêmes sujets. Il n’empêche que je suis un homme, que je suis féministe et que je partagerai ici des réflexions et des étonnements précis sur le féminisme. Je dirai quand une campagne féministe portera un message qui ne me touche pas et je relaierai celles qui, à mon sens, feront mouche.

Je trouve que ce mouvement est important et je veux le dire. C’était pas mon mon combat, mais ça l’est un peu maintenant.

A bientôt,

Norbert le Dromadaire (@NorbForShe)