C’était pas mon combat…

“Je respecte ton engagement, mais ce n’est pas mon combat.”

Combien de fois ces mots ont-ils ponctué nos discussions, servis d’échappatoires pour ne pas totalement lui donner raison, de ne pas trop m’engager, même si je sentais bien qu’elle touchait quelque chose de juste…

Moi, c’est Norbert,

J’ai de la chance, une femme brillante est amoureuse de moi. Ça tombe bien, je suis fou d’elle. Oui mais voila,  elle n’est pas que brillante, elle est aussi engagée (en plus d’être française). Comme notre histoire s’est avant tout construite sur de longues discussions (génération Facebook), de grands débats (génération Delarue aussi), on aime bien se contredire, juste pour le plaisir de pousser l’autre dans ses retranchements. L’avocat du diable, on le connait bien. Oui mais elle, sur certains sujets, le diable, elle le défonce.

Je suis féministe“, au détour d’une conversation sur les Anges de la télé-réalité (la crème de la TV-réalité en France) ça désarçonne un peu. Comme tous les mots en -iste, ça fait peur. Ça sent un peu l’engagement aveugle et sans concession. Ça laisse présager des moments gênants devant les potes, ou dans les repas de famille. Est-ce qu’elle va lâcher une bombe a Noel pour ne pas laisser passer une blague un peu limite de mon Oncle? Est-ce que je la présente à mes potes un peu “tradi” avec qui ça frittera forcement après le 3e ti’punch ? Est ce que ça va avoir un impact sur notre vie sexuelle?

La vie quotidienne lui fournit les exemples nécessaires pour me faire comprendre (…) que la différence de traitement entre hommes et femmes ne se résume pas à une différence de salaire à qualification équivalente

Au fur et a mesure, je me rends compte que les discussions ne sont pas si violentes, elles sont même plutôt posées et pleines de bon sens. La vie quotidienne lui fournit les exemples nécessaires pour me faire comprendre, à mille petites occasions, que la différence de traitement entre hommes et femmes ne se résume pas à une différence de salaire à qualification équivalente, mais bien à quelque chose de plus profond. Dans la rue, le métro, le cinéma, les jeux-vidéos, la vie politique et publique en générale, à chaque fois cette remarque : avec un homme ça se serait passé différemment. Tenez, ici par exemple, cette ministre qui se fait gronder comme une élève de 3e. Oui ça fait sourire, mais bon… Aurait-on parlé comme ça à François Fillon, voire même à Philippe Poutou ?

Je finis moi même par lui demander son avis sur certains sujets que je remarque, je me pose des questions sur mes propres considérations, mes propres acquis et préjugés. A quel point moi-même profitai-je de mon statut d’homme? Est-ce légitime d’être en rogne quand elle me dit “non” le dimanche matin alors que je suis allé chercher les croissants sous la flotte ? Suis-je en droit de méjuger une collègue qui a un comportement un peu charmeur avec nos supérieurs hiérarchiques?

” De toute façon, en tant qu’homme, tu ne peux pas comprendre”

Puis viennent les premiers échanges plus virulents. Je commence a avoir ma propre analyse, éclairée, sur la question. Je ne suis plus simplement en train de challenger de vieux préjuges acquis depuis l’enfance. Parfois, il me semble que le discours va trop loin, qu’on brandit l’étendard de la culture du viol (sujet que je ne remets pas en cause et expliqué ici par @RimaElkouri) un peu trop facilement, comme par exemple dans les réactions lues dans Madmoizelle.com face au coup marketing de rueducommerce. J’ai l’impression que plus la réplique est virulente, moins elle est pédagogique. Qu’elle “dessert la cause”. Je finis par voir certaines campagnes comme des cris de ralliement féministes, intelligibles pour les seules personnes déjà acquises a la cause.  Le féminisme comme club de personnes qui voient les choses de la même façon sans essayer évangéliser, je n’accroche pas.  Je n’arrive pas toujours à trouver que le message est juste et universel.

On débat, on s’énerve, et la BOUM : ” De toute façon, en tant qu’homme, tu ne peux pas comprendre”. Avec ça au moins, pas besoin de s’éterniser sur la fin du débat, on peut passer directement au dernier épisode de Masters of Sex.

Mais non, quand j’entends ça, ça m’énerve. Je suis un homme, mais je veux comprendre, c’est important que je comprenne. Les choses ne changeront pas sans les hommes, même si les femmes doivent mener les choses. Ou alors ce sera une bataille de position, tout le monde se sentira agressé et les avancées arriveront dans la douleur avec 100 ans de retard. Certes Martin Luther King était noir, Gandhi indien, Madiba n’avait que très peu de sang néerlandais et Sitting Bull comme Crazy Horse n’ont jamais caché une certaine hostilité envers le général Custer. On retiendra de ces exemples que je ne serai jamais un leader féministe, merci Norbert. Mais depuis tout petit, quand mes parents me mettaient au lit, qu’arrivaient les invités et que je comprenais pourquoi mes sœurs et moi avions mangé nos coquillettes plus tôt que d’habitude, je déteste être mis a l’écart. Alors j’insiste. L’autre camp est capable d’ouvrir les yeux.

Je suis un homme et je suis féministe

C’est vrai, on ne verra jamais les choses exactement de la même manière. Un homme qui pose les yeux sur le féminisme, ça peut vite déraper en paternalisme agaçant. On rate alors complètement l’objectif : ça énerve les principales intéressées, on passe pour un bon gros lourdaud prétentieux, on se fait bâcher, on se braque et on essaiera plus jamais de prendre du recul sur le sujet. Échec total. C’est d’ailleurs dans ce genre de débats que j’ai découvert le terme de mansplaining dans la bouche de ma bien-aimée (quelle connasse).

En même temps, il est agréable le camps des dominants ! Il faut faire un sacre exercice de bonne foi pour reconnaître que :

  1. Non, les différences entre hommes et femmes ne sont pas forcement naturelles, mais qu’on les construit (Merci Simone)

  2. Oui, on prend généralement l’homme comme genre neutre, “normal”, alors que la femme représente la différence
  3. Oui, la défense des valeurs familiales c’est quand même un peu facile comme argument pour limiter le champs d’actions des femmes, et ca nous arrange pas mal

Et puis il y a eu la campagne #Heforshe. Et puis le 26 Novembre 2014 étaient soufflées les 40 bougies du combat de Simone Veil pour le droit a l’IVG en France. Et en voyant que les rares hommes s’exprimant en ligne sur le sujet étaient des soutiens à J.Bompard et à son discours arriéré anti-avortement (je vous invite d’ailleurs à rectifier le tir en lui donnant le fond de votre pensée en vous adressant directement à @JacquesBompard), j’ai eu envie que plus d’hommes disent :

  • Je ne trouve pas ça normal que la personne que j’aime puisse être traitée défavorablement par rapport à un homme moins compétent
  • Je ne trouve pas ça normal qu’elle doive hésiter à se faire belle par peur des jugements dans la rue et au travail
  • Je ne trouve pas ça normal de pouvoir s’entendre dire “en même temps, elle le cherche en mettant une jupe comme ça”
  • Je ne trouve pas ça normal de rendre la tache encore plus difficile à une femme qui fait le choix délicat de l’avortement

Alors OK, on ne peut pas être d’accord sur tout. Je ne pourrai surement pas être autant révolté qu’elle(s), sur les mêmes sujets. Il n’empêche que je suis un homme, que je suis féministe et que je partagerai ici des réflexions et des étonnements précis sur le féminisme. Je dirai quand une campagne féministe portera un message qui ne me touche pas et je relaierai celles qui, à mon sens, feront mouche.

Je trouve que ce mouvement est important et je veux le dire. C’était pas mon mon combat, mais ça l’est un peu maintenant.

A bientôt,

Norbert le Dromadaire (@NorbForShe)

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